Chaque année, quand juillet arrive, on entend les mêmes phrases : « Ça va faire du bien de décrocher », « L’été, tout le monde relaxe », « Les vacances, c’est fait pour recharger ».
Mais dans la réalité de nos suivis et dans la réalité humaine tout court, ce n’est pas toujours ce qui se passe. Comme travailleuses sociales, on voit l’envers du décor : pour plusieurs personnes, l’été augmente l’anxiété au lieu de la diminuer.
Et ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signe de réalité.
1. Le mythe des vacances parfaites crée une pression énorme
On ne parle pas assez de la pression sociale qui entoure l’été. Les images de détente, de familles souriantes, de corps parfaits, de voyages, de terrasses… Tout ça crée une norme implicite : l’été doit être heureux.
En intervention, on entend souvent : « Je devrais être bien, mais je ne le suis pas. » « Tout le monde semble profiter sauf moi. » « Je me sens coupable de ne pas être plus joyeux. »
Cette pression mène à une forme d’anxiété qu’on appelle anxiété de performance émotionnelle : l’idée qu’on doit ressentir ce que la saison exige de nous.
2. Les routines disparaissent et ça déstabilise
On le voit chez les adultes, les ados, les parents, les personnes vivant seules : quand les routines tombent, l’équilibre interne devient plus fragile.
En juillet, on observe souvent :
- Un sommeil plus instable
- Une irritabilité plus rapide
- Une difficulté à se concentrer
- Une impression d’être “désorganisé” intérieurement
- Une énergie qui fluctue sans raison apparente
Ce n’est pas un manque de volonté. C’est une réaction normale du système nerveux en transition.
3. Les dynamiques familiales deviennent plus visibles
L’été met les relations en lumière. Plus de temps ensemble, moins d’espace personnel, plus d’attentes.
Comme travailleuses sociales, on voit :
- Des tensions qui ressortent
- Des conflits qui s’intensifient
- Des rôles familiaux qui deviennent lourds
- Des parents épuisés
- Des couples qui se confrontent à des enjeux évités toute l’année
- Des ados qui vivent des montagnes russes émotionnelles
L’été ne crée pas les problèmes. Il révèle ce qui était déjà là.
4. L’été amplifie la comparaison et l’autocritique
Pour plusieurs personnes, juillet active :
- La comparaison physique
- La pression de se montrer
- La honte corporelle
- L’impression de ne pas être “assez”
- La peur de décevoir les autres
Ce n’est pas superficiel. C’est profondément lié à la vulnérabilité identitaire et à la façon dont on se sent dans son corps et dans le regard des autres.
5. Les transitions, même positives, activent l’anxiété
Fin d’année scolaire, début des vacances, changement d’horaire, préparation de l’automne… Le cerveau n’aime pas les zones floues.
Les transitions activent :
- L’anticipation
- L’incertitude
- La perte de repères
- La surcharge mentale
C’est ce qu’on appelle l’anxiété de transition.
6. Pourquoi c’est important de normaliser tout ça
Parce que beaucoup de personnes se sentent seules dans leur expérience. Elles pensent qu’elles sont les seules à ne pas “profiter” de l’été. Elles se jugent, se comparent, se cachent.
Comme travailleuses sociales, on le voit clairement : l’été est souvent une période chargée, émotive, désorganisante, et parfois même déclenchante.
Normaliser cette réalité, c’est redonner du pouvoir. C’est enlever la honte. C’est ouvrir la porte à des ajustements réalistes.
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Par : Nathaly Létourneau,ts & Rachel Ferry,ts, cofondatrices du Morpho Bleu, Conférences et Ateliers


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